Henri
Béhar
Léon
Genonceaux (16 janvier 1856 à Mazée, Belgique — ?).
Venu à Paris en 1880, il y est
employé d’un éditeur, le peu scrupuleux Edouard Monnier, installé Place
des Vosges. Ses patrons se renouvellent fréquemment. Huit ans après,
l’éditeur Brossier s’installe 3 rue Saint-Benoit, à
l’enseigne de la Librairie Française, mais au début de 1890 celui-ci est
condamné pour outrage aux bonnes moeurs. Genonceaux prend sa succession. Sous
sa marque, un hérault avec la devise « Je Nonce Hault », paraissent
des ouvrages au titre alléchant (Paris-cocu de Ch. Virmaître,
Le Livre d’amour d’Armand Silvestre, Le Vice à Paris
de Pierre Delcourt) ou, plus sérieux, La Bièvre de Huysmans. Son titre de gloire est bien d’avoir
publié Lautréamont en 1890 et Le Reliquaire, poésies de Rimbaud,
l’année suivante.
On ne sait s’il a connu Les
Chants de Maldoror par l’intermédiaire d’un de ses compatriotes
de La Jeune Belgique. Une chose est certaine : il tenait à en faire
découvrir l’auteur au public français. Le premier, il a mené une
investigation sérieuse, démontrant qu’Isidore Ducasse n’était pas
mort au cabanon, comme le prétendait Léon Bloy dans Le Désespéré, dont
il refusa explicitement de prendre l’étude, parue ensuite sous le titre
« Le Cabanon de Prométhée » dans La Plume (1er septembre
1890).
Le livre imprimé à 150
exemplaires, avec un frontispice de José Roy (le dessinateur attitré des
ouvrages licencieux), il s’est efforcé de le faire connaître en faisant
insérer une publicité dans Le Roquet (6 novembre 1890), ou des extraits
dans Fin de siècle (14 février 1891) et Le Chat noir (12 décembre
1891). Par l’intermédiaire de Rachilde, auteur maison, épouse
d’Alfred Vallette, directeur du Mercure de France, l’ouvrage
a été signalé dans cette revue en janvier 1891, puis il a fait l’objet,
le mois suivant, d’un article de Remy de Gourmont : « La
Littérature Maldoror ».
Prévoyant une condamnation pour
outrage aux bonnes moeurs (intervenue en février 1892), Genonceaux abandonne sa
maison d’édition à la fin de 1891 et se réfugie à Londres. Quelques
années après, il reparait à Paris comme directeur de la Librairie
Internationale, qui redevient la Librairie Française jusqu’en 1903. On
ignore pourquoi Genonceaux abandonne alors l’édition pour devenir
marchand d’autographes. Il disparait en 1905.
Biblio.
Jean-Jacques Lefrère et
Jean-Paul Goujon : Deux Malchanceux de la littérature fin de
siècle : Jean Larocque et Léon Genonceaux. Tusson,
Du Lérot éditeur, 1994, 115 p.